Bascule.

 

 

 

8

On est debout tout va bien. Il y a des débuts des fins des merveilles

entre les deux

On est droit tout va bien. On construit on encaisse on remplit

entre les deux

On est vivant tout va bien. On cherche on trouve

On bascule

\infty

Il aura suffit d’un rien

D’un seul petit tremblement de cœur

Plus de début

Plus de fin

 

& pourtant

On est vivante tout va bien

 

On est toujours plus grande allongée.
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N & B.

Ça faisait des mois qu’il n’avait pas bougé.

Pas bouger.

& puis pas parlé.

Pas parler.

 

A peine respiré.

 

Il n’avait mal nulle part, il n’avait ni faim ni froid ni soif ni sommeil.

Sa tête sa vessie son cœur étaient au point mort.

 

Ses cheveux & sa barbe se tenaient tranquilles, ses ongles ne griffaient plus, ses dents ne mordaient plus, ses mains ne touchaient plus.

Personne.

 

Il ne pensait à rien, il ne rêvait de rien, il n’attendait rien.

Personne.

 

Il s’était seulement arrêté là un matin après avoir marché un peu le long du mur qui menait au canal.

Juste à côté du banc bleu sans même avoir idée de s’asseoir.

Juste devant la vitrine du marchand de couleurs.

Il s’était arrêté là

en noir & blanc.

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Je dois.

Je dois vous dire que je vais partir.

Que ça sent le carton ici, & que chaque chose sur laquelle je pose mes yeux a un poids.

250 grammes environ pour un livre.

250 grammes pour des mois de travail & des heures de lecture.

Multipliés par 1.000 à peu près.

 

Je dois vous dire que j’ai mis tous les livres dans les cartons.

Sans compter vraiment.

 

Je dois vous dire que partir

c’est revivre un peu,

c’est manger debout,

c’est dormir quand on peut,

c’est remonter

Loin

& descendre.

Bas.

 

Que c’est la trouille aussi.

 

Je dois vous dire que mettre les livres dans les cartons, c’est comme dire au revoir, à bientôt.

C’est accepter de ne plus lire tout le temps que dureront les cartons.

Je dois vous dire que la voisine continue de chanter. Comme si les livres n’étaient pas dans les cartons.

Je dois vous dire que mes filles continuent de danser. Comme si les livres n’avaient jamais été là.

 

Je dois vous dire que partir

c’est vous quitter encore.

C’est mourir un peu,

c’est accepter de manger assise, un jour,

c’est recommencer à dormir,

c’est descendre loin

 

& puis remonter.

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