C’est juste.

J’ai un rêve

Le rêve que l’année passée ai fait semblant d’exister.

J’ai un rêve.

Que vous ne m’arrachiez ni le cœur ni les bras ni les jambes ni les larmes.

Je rêve qu’un jour mon homme ne sera plus de dos.

Je rêve qu’un jour demain sera plus costaud qu’hier.

Plus costaud que moi demain.

J’ai un rêve :

naviguer sur un nuage au beau milieu du ciel

dans quelque chose de feutré

dans quelque chose de vide, de muet.

Je rêve de vous faire face.

Je rêve d’un grand silence qui ne serait pas le votre.

Je rêve de vous de face.

Je rêve de vous faire faïence.

Indestructible & gravé.

Solide comme une tasse, un bol ou une assiette.

Manger, boire, me nourrir de votre prénom

Votre prénom sur mon bol

ma bouche sur votre prénom écrit sur le bol, sur la tasse, sur l’assiette

ma bouche sur votre prénom

votre prénom sur ma bouche

sur mon bol

sur ma tasse

sur mon assiette

que je n’ose pas

écrire

imprimer

écrire votre nom

sur un bol

sur une tasse

sur une assiette

sur mes lèvres

c’est

juste

impossible

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Quelqu’un Quelque part.

On pourrait croire que quelqu’un va venir.

Qu’il va pousser la porte

marcher lentement

regarder autour de lui

s’asseoir

se racler la gorge

se gratter la tête

peut-être fumer une cigarette

écraser le mégot par terre avec la semelle de sa chaussure

frotter ses mains l’une contre l’autre

peut-être qu’il aura un peu froid

peut-être qu’il aura un peu soif

peut-être qu’il va s’ennuyer un peu

se lever

marcher de long en large de la pièce

tourner autour de la chaise

regarder par la fenêtre

allumer une autre cigarette

jeter le mégot dehors

se rasseoir

croiser les jambes

les décroiser

le recroiser

se relever

marcher lentement

regarder derrière lui

tirer la porte.

On pourrait croire que quelqu’un est venu.

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Tout de suite.

Parfois les odeurs-souvenirs remontent si fort que la tête se retourne

Parfois les cendres sont si chaudes qu’elles brûlent les mains qui voudraient les saisir

Parfois la mémoire est si dure que chaque mur devient tentation pour la tête qui se retourne

que chaque ligne droite devient virage

Parfois les ruines se remettent à trembler

la raison se refuse

le discernement se lézarde

le bon sens mute barbare

Parfois les débris s’accumulent & deviennent tas de sable

les larmes grippent les paupières qui ne souhaitent plus s’ouvrir

les rictus fanent la bouche qui ne sait plus comment dire

Parfois les douces-images deviennent claques dans la gueule

les impressions se précisent

les dépressions s’improvisent

 

Parfois le passé c’est tout de suite.

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