N°5.

J’ai porté un t-shirt d’homme

J’ai déménagé un piano

J’ai bu du thé vert dans une théière bleue

Je me suis coupé la main

J’ai écouté de la musique

J’ai planté des clous

J’ai cassé un verre

J’ai eu mal au dos, au cou, à la tête

 

Je n’ai pensé à rien

 

A rien du tout

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Ni le temps. Ni l’envie.

Ces deux là n’ont pas attendu le soleil.

Ils n’ont pas attendu la marée non plus.

Ils ont pris les vagues comme elles venaient. L’Océan comme il était.

Ce n’est pas l’absence d’horizon qui les a empêché.

Rien ne les a empêché.

Ce n’est pas l’eau froide. Pas plus la pluie. Pas plus le vent.

Sûrement pas la peur.

Ces deux là n’ont pas attendu le moment idéal.

Ces deux là n’ont même pas enlevé leurs vêtements, même pas leurs chaussures.

Lui a gardé ses lunettes.

Elle a gardé sa montre.

Ces deux là n’avaient pas peur de voir où ils allaient ni de savoir combien de temps ça leur prendrait.

Ces deux là n’avaient pas envie de savoir s’ils savaient nager ou pas.

Ils n’ont pas eu le temps de se poser la question.

Ni le temps. Ni l’envie.

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Ils se disaient.

Il lui disait

Ce n’est pas une ombre qui me fera tomber plus bas

Ce n’est pas une ombre qui me fera voler plus haut

 

Elle lui disait

Ce n’est pas une ombre qui attend qui me fera partir

Ce n’est pas une ombre qui attend qui me fera rester

 

Il lui disait

Ce n’est pas parce que j’ai peur

 

Elle lui disait

Ce n’est pas parce que personne ne m’attend.

 

Il lui disait les lumières m’attirent

Elle lui disait les absents m’attirent

 

Ils se disaient, là

l’absence & la lumière.

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Les bleus aux genoux.

Elle lui avait dit

Quand on aura l’enfant, on se souviendra, vous verrez, de ce qu’on a été

 

vraiment

 

de ce qu’on a dit

de ce qu’on a fait

de ce à quoi on rêvait

du bruit des feuilles

du bruit de l’eau

du bruit des gens

du bruit

du temps à venir

de toutes les couleurs

de tous les rires

de toutes les joies

des promesses aussi

de tout ce temps à attendre

de tout ce qu’on aurait voulu

de ce qui sentait bon

des petites guerres

des châteaux de sable

de l’Espagne

du bord de mer

des bleus aux genoux

des chansons idiotes

du vent sous les jupes & de nous.

 

Elle lui avait dit

Quand on aura l’enfant, vous verrez, on se souviendra de nous.

 

Vraiment.

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C’est possible. Mais ce n’est pas obligé.

On peut voir une coquille vide.

Naturellement, c’est sans doute la première chose qui vient.

 

Moi, ce qui me vient, ce n’est pas ça.

Ce qui me vient, c’est ce qui se passe au delà.

Naturellement, la première chose qui me vient, c’est Hop !

C’est On verra !

C’est Yallah !

On peut voir le vide, la brisure, l’abandon.

C’est possible, oui.

 

C’est possible.

Mais ce n’est pas obligé.

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